L'ARTISTE
Il est l'Illuminant, le Maître des Lumières,
Le Fou dont l'âme ardente éclate en feux de joie,
Le vagabond du beau, pèlerin d'absolu,
L'enfant pleurant devant sa toile d'idéal,
Les mains brisées de songe et le coeur en exil,
Endolori d'espoir, brisé de nostalgie,
Il contemple une étoile invisible pour d'autres,
Une radiance intime qui l'habite sans cesse,
Dont lentement s'habille en croissante liesse
L'Oeuvre magnificente habitant son esprit.
Il est le Créateur, l'Empereur, Bâteleur,
Traçant pour les humains des sillons de splendeur,
Il est l'Artiste.
TISSAGE
Au rythme régulier
Des lames et des lisses,
Sur l'ensouple complice
Glissent les échevaux,
Les mains sont fées habiles
Qui tissent la matière
En ouvrage très beau
D'argent, d'or et de soie.
C'est un peu de lumière
Qui se dérobe au temps,
Comme un reflet perdu
De l'époque des rois,
Un tableau de fils purs
Qui déroule en nos âmes
La trame illuminée
Des récits légendaires...
L'enchantement mystique
Brode un conte soyeux
Qui bercera nos yeux
De contes surannés,
Afin que ne s'éteigne
En nos coeurs oublieux,
Les souvenirs précieux
Des grands âges passés...
MUSIQUE
Tu es forêt d'éclairs sur les pays marins,
Jaillissement de vague en murailles géantes,
Foudre, fureur, folie, cyclone et ouragan,
Tu fracasses l'azur pacifié de l'âme
A coup de gongs solaires et de vents étoilés.
Tu es telle un volcan dont les laves de pourpre
Déferlent en marée sur les cités dormantes,
Semant l'or et la mort, fusions incandescentes,
Alchimique incendie dont la rage sublime
Remodèle la terre en bouillante matière.
Tu es galops ardents venus du bout du monde,
Du côté des déserts et des steppes ombreuses,
Sauvage, primitive et farouche indomptée,
Symphonie flamboyante aux échos majestueux,
Tu forges nos passions en accords surhumains.
Grandiose, solennelle, angélique ou mystique,
Vitrail magnificent où chantent des couleurs,
Tu invites l'esprit à d'extrêmes splendeurs,
Ou bien flamme gitane ensorcelant les plages,
Quand l'éclat de la lune envoûte les guitares,
Tu éveilles les corps aux rythmes frénétiques
Dans un grand tourbillon d'entente fraternelle.
Tu es chaude, suave et gonflée de tendresse,
Amollie de bémols, ruisselante d'arpèges,
Langoureuse, plaintive, en berceuses anciennes,
Hantant les rêveries des belles jeunes filles,
Tu noues de songes clairs leurs dentelles fragiles,
Ta caresse est légère, on dirait une brise
Qui fredonne à tous vents ses lieders romantiques.
Tu es la chanson gaie du maïs et du blé
Lorsque le paysan récolte ses moissons,
Tu es la peau nacrée des raisins scintillants
Dont le jus savoureux enchante le palais,
Tu es le son perdu d'une flûte légère
Franchissant l'épaisseur glaciale des prisons
Pour offrir aux captifs la précieuse vision
D'un homme en liberté marchant vers l'horizon.
Tu habites partout notre immense univers,
Tu vibres, tu frémis, tu glisses, tu bondis,
Et par ville et par champ et par mer et par bois,
Par plaine et par montagne et par glace et par sable,
Et par les jours dorés aux terrasses bien tièdes,
Et par la nuit frileuse au bord des cheminées,
Dans une salle énorme ou dans une mansarde,
Illuminant d'espoir nos pâles destinées,
Tu crées l'extase pure en nos coeurs magnifiés.






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