LE TRIPTYQUE DU VOYAGE
2. Et pourquoi donc partir…
Et pourquoi donc partir nez au vent, l’œil au ciel,
Bravant les éléments si souvent courroucés,
Vers des pays lointains si différents des nôtres
Où tout est dangereux, où les fauves nous guettent,
Où règnent les mafias comme les guérillas,
Pourquoi donc s’en aller
Vers une terre aride où rien ne se cultive,
Vers un désert brûlant où nulle eau ne se cache,
Vers des forêts peuplées de bêtes à venin,
Vers des cimes glacées aux murailles tranchantes ?
Pourquoi vouloir quitter
Une maison tranquille où les livres rayonnent
Au creux sombre et paisible des bibliothèques,
Où par les printemps clairs la musique se glisse
Au-delà des fenêtres
Vers un jardin tout vert ombragé de grands cèdres,
Au pied desquels parfois l’on s’assied pour rêver
A ces contrées perdues aux confins de la terre,
Pourquoi donc déserter une maison douillette
Où le feu de l’hiver danse en la cheminée
Bien au chaud, tout auprès des fauteuils tapissés…
Là-bas, ils sont vêtus de couleurs différentes,
Et parfois eux aussi, par des beaux jours sereins,
S’installent sur le seuil au bas de leur demeure
Pour songer à nos vies qu’ils ne connaissent guère…
L’homme trouve chez lui des compagnons de cœur,
Des objets familiers qui lui procurent joie
Lui tissant un cocon de moelleuse habitude…
Et pourtant, quelque part au bout de son esprit,
Comme une lueur enfouie au fin fond d’un cratère,
Sommeille ce désir d’aller quérir ailleurs
Ce quelque chose inné qu’il ne peut refouler,
L’insatiable appétit, la convoitise extrême
Qui le pousse à partir nez au vent, l’œil au ciel,
Peut-être pour chercher, comme un anneau magique,


