ENFANCES (4)
Enfances, parlez-nous de vous…
Fûtes-vous douces ou amères ?
Surtout, ne croyez pas, amis,
Que le seul fait d’être un enfant
Veuille dire un plaisir, un épanouissement,
Car il est une enfance au bord sombre des rues
Qui rôde dans la nuit loin des cocons douillets,
Sans parents pleins d’amour prêts à la protéger,
Une enfance qui pleure en solitude amère
N’ayant pas même envie d’ébaucher un futur,
Une enfance victime assommée par les coups,
Une enfance oubliée que les grands ne voient pas,
N’ayant pas même envie de parler avec elle.
Bien-sûr, heureusement, il en est de joyeuses
Qui courent dans les champs en riant aux éclats,
Qui dégustent la tarte aux fruits encore tièdes,
Qui dort, l’âme comblée, dans des lits de douceur
Où les rêves sont rêves et non pas cauchemars,
Où l’on ne tremble pas, où l’on n’a pas besoin
De songer avec peur aux maux du lendemain.
Que reste-t-il pour trace de ces jours passés
Qui ne reviendront plus émailler nos destins ?
Sont-ce des cicatrices ou des greniers heureux
Tout encombrés de jouets et de souvenirs tendres ?
Enfances, s’il est vrai qu’on ne peut rien changer
A ces temps révolus qui vous ont façonnées,
N’oubliez pas, surtout, que vous pouvez, adultes
Ecrire votre histoire comme vous le souhaitez
En lettres de courage, en pages de fierté
Pour un bonheur tout neuf que vous saurez créer.
Le Livre des Triptyques
Le Triptyque de l'Arbre (1)
| Cueilleur des vents qui vont et viennent |
| Sur le treillis de ses feuillages, |
| Il règne, il rêve… |
| Il scrute avidement le ciel souvent mouvant |
| Que sillonnent sans fin des nuées voyageuses, |
| Il offre asile aux nids, aux fruits, aux fleurs |
| Et se laisse à l’automne dépouiller de ses feuilles |
| Qu’il regarde voler vers un ailleurs lointain… |
| Car il aimerait tant, |
| Loin des racines denses et des troncs si pesants, |
| Vivre une vie nomade et partir au désert |
| Voir les lunes dormir sur les dunes dorées |
| Loin de ses verts royaumes dont son âme est lassée… |
| Puis visiter l’Afrique, |
| Les terres exotiques dont les oiseaux rapportent |
| Des contes merveilleux, |
| Sentir d’autres parfums émaner de la terre, |
| Ecouter d’autres peuples incanter à genoux |
| Les déesses des pluies ou les dieux du soleil… |
| Puis monter vers l’azur |
| Découvrir les sommets de silence éternel, |
| Cette blancheur glacée des cimes impalpables |
| Comme un rêve de nacre exalté par l’aurore… |
| Son écorce est rugueuse |
| Mais ses branches noueuses s’habillent de velours, |
| De feuilles couleur mousse aux visages si tendres |
| Que les ailes s’y posent comme sur un berceau… |
| Graveur d’histoires, il sait |
| L’étrange destinée des bêtes et des hommes |
| Qui près de lui vécurent d’éphémères moments… |
| Il résiste aux tempêtes et défie les éclairs |
| C’est comme si son cœur, au creux de la forêt, |
| Battait la joie, l’espoir et la force de vivre, |
| Ce qui nous fait lutter chaque jour en peu plus |
| Et chercher la lumière qu’on croit avoir perdue… |
| Dispensateur de l’ombre aux fraîcheurs bienfaisantes, |
| Sourcier de la lumière accrochée aux ramures, |
| Il impose respect |
| Au fin fond des forêts qui scellent son mystère |
| Dans la magique aura des immenses clairières… |
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| , |
QUI NE CONNAIT LA PEINE…
Qui ne connaît la peine
Envahissant le cœur
Telle une vague amère
Laissant trace d’écume,
Ce sel gris de paroles
Qui ont su blesser l’âme,
Fêlures impalpables
Qui ont fait tant de mal ,
Qui ne connaît la brume
Des vaines obsessions
Qui cachent les soleils
Et font mourir l’espoir
En gonflant à loisir
Leurs fantômes stériles
Que nous laissons grossir
Comme des lunes noires,
Qui ne connaît le poids
Des souffrances profondes
Qu’on s’inflige à soi-même
En ne les chassant pas,
Ouvrant notre être faible
A leur emprise extrême
Sans comprendre vraiment
Qu’elles nous seront fatales,
Qui ne connait pourtant
L’antidote infaillible,
Il est comme un ciel pur
Effacé de nuages,
Quand notre volonté
Exile sans pitié
Tous les brouillards mauvais
Qui nous emprisonnaient,
Eteignons une à une
Ces visions assombries
Dansant le carrousel
De démons ennemis,
Nous reverrons enfin
Rejaillir les rayons
Eclairant nos sentiers
De confiance sereine,
Acceptons pour épreuve
Nos brisures, nos pertes,
Ressuscitons nos cœurs
D’amitié non de crainte
D’amour non de rancune,
Nous serons à nouveau
Comme un enfant fragile
Libéré de la peur
Dans les bras de sa mère,
Qui lira ce poème
Aura gravi les routes
Escarpées de la vie,
C’est notre sort humain,
Notre lot fraternel,
Alors je le salue
Et lui souhaite clarté,
Au puits de ses pensées,
Nous nous verrons peut-être
Au détour d’un chemin,
Lisant dans nos regards
Le défi aux destins,
Ce regard pénétrant
Encore empreint de larmes
Qui n’est plus que tendresse
Et douce compassion…
Frédérique Sternberg-Ramos
La lumière souvent vient chercher les fontaines
Pour tresser avec l'eau des images du ciel
Pour tapisser de paix ses rêves intérieurs
Elle aime à inventer des tableaux aquatiques
Que, d'un pinceau léger, sans cesse elle parfait...
Elle joue la candeur en touches de reflets
Opaline, elle irise les vasques nacrées
Sous l'intime douceur de sa virginité...
Chaque fontaine a sa légende
Chaque légende a sa fontaine
Des histoires de belles
Aux longs cheveux flottants
Qui s'en vont en secret
Attendre un fiancé,
Des visions de licornes
Qui, sous les lunes blanches,
Vont humer la fraîcheur
Des jets d'eau cascadant,
Et des contes d'oiseaux
Aux plumages magiques
Qui parlent des langages
Inconnus des humains.
Les légendes ont chanté
La beauté des fontaines,
Les fontaines racontent
Les plus belles légendes...
HARMONIE
La maison sent la fleur,
L’amour et la douceur,
Les parfums de jasmin,
D’orange et de bonheur,
Le piano verse à flots
Des arpèges rêveurs
Qui s’envolent, légers,
Par la fenêtre ouverte…
Tiens, une coccinelle
Sur un rideau voyage,
La cheminée qui dort
Pense à ses feux d’hiver,
Dans le vase turquoise
Une rose se coiffe,
Tandis que le miroir
Majestueux et secret
Copie, sans se lasser,
Les images qu’il aime…
Le jardin des oiseaux
Chante et rit sous le ciel
A l’affût du soleil
Et des jeux de la lune,
Les fontaines crépitent
A petit bruit d’eau pure
Qui s’amuse en écume
Sur l’herbe des pelouses,
Les fourmis affairées
Sur les dalles cheminent,
Le cerisier médite
Une floraison blanche
De pétales somptueux,
Le chien aux grands yeux noirs
Court après l’ombre folle
D’un papillon moqueur.
Ici règnent la paix
Et l’harmonie des cœurs.
DEMAIN…
Demain guette aujourd’hui,
Quand les brasiers solaires mordront les terres sèches
Où jadis les blés d’or palpitaient sous les vents,
Quand les sommets perdront leurs blancheurs cristallines,
Quand les rivières folles noieront les paysages
Et que les mers auront rongé tous les rivages…
Des hommes s’en iront de contrées en contrées,
N’ayant plus même force d’avoir encore des larmes
Et dans leur regard sombre, on ne verra plus luire
L’espérance où s’éclôt la joie des lendemains…
Aujourd’hui pourra-t-il
Construire d’autres demains ?
La force du destin est-elle vaincue par l’homme
Quand il se lève enfin, l’âme remplie d’audace,
Prêt à livrer bataille pour transformer son monde ?
Pourrons-nous retrouver un ciel immaculé,
Des forêts verdoyantes, des vols d’oiseaux chanteurs,
Des sourires d’enfants cueillant dans les vergers
Des pommes au dos rond et des poires sucrées ?
Demain pas encore né,
A peine imaginé,
Comme un tableau mouvant de possibles lointains
Demain qui deviendra, plus tard, notre passé,
Notre ouvrage secret, notre œuvre collective
Pour la honte ou la gloire de l’immense univers…
L'ARTISTE
Il est l'Illuminant, le Maître des Lumières,
Le Fou dont l'âme ardente éclate en feux de joie,
Le vagabond du beau, pèlerin d'absolu,
L'enfant pleurant devant sa toile d'idéal,
Les mains brisées de songe et le coeur en exil,
Endolori d'espoir, brisé de nostalgie,
Il contemple une étoile invisible pour d'autres,
Une radiance intime qui l'habite sans cesse,
Dont lentement s'habille en croissante liesse
L'Oeuvre magnificente habitant son esprit.
Il est le Créateur, l'Empereur, Bâteleur,
Traçant pour les humains des sillons de splendeur,
Il est l'Artiste.
TISSAGE
Au rythme régulier
Des lames et des lisses,
Sur l'ensouple complice
Glissent les échevaux,
Les mains sont fées habiles
Qui tissent la matière
En ouvrage très beau
D'argent, d'or et de soie.
C'est un peu de lumière
Qui se dérobe au temps,
Comme un reflet perdu
De l'époque des rois,
Un tableau de fils purs
Qui déroule en nos âmes
La trame illuminée
Des récits légendaires...
L'enchantement mystique
Brode un conte soyeux
Qui bercera nos yeux
De contes surannés,
Afin que ne s'éteigne
En nos coeurs oublieux,
Les souvenirs précieux
Des grands âges passés...
MUSIQUE
Tu es forêt d'éclairs sur les pays marins,
Jaillissement de vague en murailles géantes,
Foudre, fureur, folie, cyclone et ouragan,
Tu fracasses l'azur pacifié de l'âme
A coup de gongs solaires et de vents étoilés.
Tu es telle un volcan dont les laves de pourpre
Déferlent en marée sur les cités dormantes,
Semant l'or et la mort, fusions incandescentes,
Alchimique incendie dont la rage sublime
Remodèle la terre en bouillante matière.
Tu es galops ardents venus du bout du monde,
Du côté des déserts et des steppes ombreuses,
Sauvage, primitive et farouche indomptée,
Symphonie flamboyante aux échos majestueux,
Tu forges nos passions en accords surhumains.
Grandiose, solennelle, angélique ou mystique,
Vitrail magnificent où chantent des couleurs,
Tu invites l'esprit à d'extrêmes splendeurs,
Ou bien flamme gitane ensorcelant les plages,
Quand l'éclat de la lune envoûte les guitares,
Tu éveilles les corps aux rythmes frénétiques
Dans un grand tourbillon d'entente fraternelle.
Tu es chaude, suave et gonflée de tendresse,
Amollie de bémols, ruisselante d'arpèges,
Langoureuse, plaintive, en berceuses anciennes,
Hantant les rêveries des belles jeunes filles,
Tu noues de songes clairs leurs dentelles fragiles,
Ta caresse est légère, on dirait une brise
Qui fredonne à tous vents ses lieders romantiques.
Tu es la chanson gaie du maïs et du blé
Lorsque le paysan récolte ses moissons,
Tu es la peau nacrée des raisins scintillants
Dont le jus savoureux enchante le palais,
Tu es le son perdu d'une flûte légère
Franchissant l'épaisseur glaciale des prisons
Pour offrir aux captifs la précieuse vision
D'un homme en liberté marchant vers l'horizon.
Tu habites partout notre immense univers,
Tu vibres, tu frémis, tu glisses, tu bondis,
Et par ville et par champ et par mer et par bois,
Par plaine et par montagne et par glace et par sable,
Et par les jours dorés aux terrasses bien tièdes,
Et par la nuit frileuse au bord des cheminées,
Dans une salle énorme ou dans une mansarde,
Illuminant d'espoir nos pâles destinées,
Tu crées l'extase pure en nos coeurs magnifiés.
